A pied d’œuvre(s) | Exposition collective

Camille Morineau, directrice des expositions et collections à la Monnaie de Paris, inaugure sa programmation culturelle par un commissariat sur une proposition de Bernard Blistène, directeur du Musée national d’art moderne, avec un sujet essentiel de l’histoire de la sculpture du 20e siècle : le passage de la verticalité propre à la sculpture et au monument à l’horizontalité et à son rapport immédiat au sol. L’exposition « A pied d’œuvre(s) » tente de tout reprendre à zéro. L’histoire de la sculpture s’est jusque-là écrite à la verticale : érigée, monumentale, masculine voire phallique. « A pied d’œuvre(s) » met en évidence la rupture essentielle que constitue l’affirmation du passage de la verticalité à l’horizontalité : elle explore le corps couché, s’attache aux matériaux bruts, lie le pauvre et l’immatériel à travers des expériences, des moments de l’histoire de l’art et des propositions décisives. L'exposition vous plaque littéralement au sol et propose des expériences proprement physiques. De la gigantesque jetée en spirale réalisée par Robert Smithson à Salt Lake City à l’installation vidéo spectaculaire de Pipilotti Rist à même le sol, il est donné au visiteur la possibilité de repenser d’emblée la notion de sculpture. Red Angel of Marseille, magistrale installation de James Lee Byars, se compose de mille boules de verre plein d’un rouge sombre ordonnancées selon un dessin symétrique de volutes et contre-volutes sur le marbre noir et blanc du Salon Dupré de la Monnaie de Paris. « A pied d’œuvre(s) » met en quelque sorte l’histoire de la sculpture à plat à travers trois moments clés. En 1917, Marcel Duchamp abandonne au sol un porte-manteau et l’intitule Trébuchet. En 1939, Alberto Giacometti représente, à même le sol, le corps d’une femme blessée. En 1960, Yves Klein décroche du mur sa toile et fait gésir l’espace. Ces trois chefs d’œuvres, qu’il est rare de voir réunis, inaugurent un parcours à fleur de sol des collections du Centre Pompidou et synthétisent trois moments distincts de l’histoire de la sculpture au 20e siècle. Ils incarnent le propos de l’exposition. L'exposition»  conduit à proposer de voir se côtoyer des grands noms de l’art (Marcel Duchamp, Alberto Giacometti, Yves Klein, Carl Andre, Robert Smithson, Ana Mendieta, Tony Cragg, Luciano Fabro) avec des artistes en pleine actualité (Pipilotti Rist, Tatiana Trouvé, ORLAN…).  Ce parcours des collections du Centre Pompidou, qui traverse l’histoire de l’art des 20e et 21e siècles, met également en évidence un nombre important de travaux de femmes profondément investies dans ce sujet. Visuel : James Lee Byars - Red Angel of Marseille © Estate James Lee Byars. Courtesy, Galerie Michael Werner Cologne et New York,Cnap.