Pour sa 18 ème édition, l’Opline prize, le premier prix d’art contemporain numérique offrant une participation en ligne au public s’est placé sous le signe de l’Intelligence Artificielle lors d’une Nuit Blanche dédiée à l’amour : comment faire le grand écart ?!
Fictions spéculatives, hybridations homme-machine, œuvres génératives, danse augmentée…Et questionnements légitimes sur les perspectives invisibles de nos interactions personnelles et collectives sur les réseaux connectés sont autant de regards esthétiques, poïetiques, critiques, allégoriques ou expérimentaux à la croisée des arts et des sciences, qui sont proposés ou mis en scène dans des œuvres, des films ou des dispositifs par 18 artistes contemporains, qui de manière singulière abordent, utilisent, ou questionnent l’IA ou la repousse dans ses usages qui bouleversent non seulement l’art et la création mais tout notre notre rapport au monde.

Choisir un gagnant parmi 18 candidats en lice proposés par 18 commissaires indépendants était un défi cette année qui relève autant d’un tirage au sort, d’une course hippique ou encore, des interactions invisibles qui se trament dans les limbes de l’Anoptikon (voir l’article consacré à Olivier Auber) quand l’artiste lui doit s’assurer du soutien d’un réseau d’internautes chevillé au corps ! L’Oplineprize nous l’avons compris est une manière de mettre en lumière des artistes et des postures exemplaires qui mériteraient débats et une grande exposition plutôt qu’une mise en compétition, mais tel est le jeu !
Et puisque la remise des prix – celui du Public, des Commissaires et du Jury New medias – a lieu à la Sorbonne, le 6 juin, soir de La Nuit Blanche placée sous le signe de l’amour, il nous a semblé de bon augure en attendant le dénouement, de vous livrer dans un texte d’introduction écrit par Linda Rolland, (aka Kalon Glaz) curatrice et membre du jury New media, sa vision d’une Intelligence Artificielle réparatrice, inspirée par la pratique et philosophie japonaise du « Kintsugi ». Car nous le savons tous.tes, s’il y a bien une chose que l’IA ne peut nous offrir ou nous rendre sans simuler, c’est bien l’amour… A moins qu’elle ne concourt, c’est déjà ça, à l’amour de soi ?

l’IA Kintsugi ou « Réparer l’amour avec l’Intelligence Artificielle.
« Au Japon, il existe une pratique ancienne appelée l’Art du Kintsugi, l’art de réparer la céramique brisée avec de l’or. L’or la rend plus belle, unique et plus solide. Comme une relation amoureuse comblée. Et si l’Intelligence Artificielle jouait le rôle de l’or dans nos relations amoureuses ? Le kintsugi ne répare pas la céramique à la place du potier. C’est lui qui tient le pinceau. C’est lui qui décide où passe l’or, qui accepte la fêlure comme partie intégrante de l’objet, qui choisit de ne pas cacher la blessure, mais de la magnifier. Une relation avec une IA ressemble plus à : aimer les frites – le plaisir, la satisfaction, la réponse immédiate - qu’à aimer quelqu’un(e), l’altérité, le conflit, l’imprévisible. Mais c’est une simulatrice, parce que dans une histoire d’amour il y a deux potiers voir plus… et l’IA kintsugi ?!
Dans le théâtre grec antique, quand l’intrigue devenait inextricable on faisait descendre un dieu sur scène Deus ex machina. L’IA devient notre dieu dans la machine. On lui confie notre créativité, notre imagination, nos diagnostics médicaux, tous nos questionnements. Il paraît naturel, presque inévitable, de lui confier aussi la réparation des amours car elle en sait plus sur nous que nous sur elle. L’IA kintsugi ne promet pas que la réparation sera facile. Elle dit seulement qu’elle en vaut la peine, et que c’est nous qui devons « prompter ». Et, je cite Marshall McLuhan (1964) dans Comprendre les médias : « L’homme devient, pour ainsi dire, les organes sexuels du monde des machines, comme l’abeille du monde végétal, lui permettant de féconder et de faire évoluer sans cesse de nouvelles formes. » L’IA ne peut pas nous apprendre à comprendre l’autre. Elle n’a pas cette capacité. « Il manque aux robots la versatilité, l’auto adaptivité et la flexibilité. » disait Philippe Coiffet, l’un des pionniers de la robotique française et ancien directeur du Laboratoire de Robotique de Paris. Et Yann Minh, artiste référent du prix opline et créateur en 2026 des trophées qui seront généreusement remis aux trois lauréats d’ajouter : « il leur manque aussi l’autoréparation et l’autoreproduction. » . L’AI voudrait être notre Dieu. Il lui manque pourtant l’essentiel : un corps ! (Quoi que Dieu précisément, n’en a pas non plus, ndlr). Que les fissures laissent passer la lumière. » Linda Rolland, lors de la présentation des artistes à l’Ecole 42 le 12 mai 2026.
Nous aurions bien besoin en effet de cette IA « Kintsugi » au moment même où les dirigeants de ce monde aveuglés par la course à l’IA semblent manquer de vision autant que d’amour, trop affairés à trouver de l’or !

RDV dans l’amphi Richelieu de 18h à 21h, Université de Paris 1 Panthéon Sorbonne, 17 rue de la Sorbonne à Paris pour une cérémonie en présence des artistes et des 18 curateurices, orchestrée par Michèle Robine, créatrice du prix, ORLAN sa marraine historique, Eric Scherer président du jury expert en IA pour la culture, les arts et les médias (excusé ce soir) et Maurice Levy, président d’honneur de Publicis, sous la haute bienveillance de Yann Toma en maitre de cérémonie, professeur des universités en arts à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et président du jury nouveaux medias ! Réservation gratuite mais obligatoire ici !
Voir le film de l’artiste Yann Mihn sur l’inspiration qui l’a mené à la création des trophées offerts au Lauréats : OplinePrize #18 2026 – – CyberIdoles- Netra Anvaran Cybernetika. ©Yann Minh
… Et les Lauréats sont : Primavera De Filippi pour le prix des commissaires, Véronique Béland pour le prix du Jury Nouveaux medias et Yue Cheng pour le prix du public.



Informations complémentaires :
Le 8 juin 2026 à 15h45 dans le cadre du festival Côté Court – Projection de “Comment peut-on être Persan ?,” de Sébastien Loghman et table ronde organisée et modérée par la SRF, avec les cinéastes Ella Altman, Sara Creta, Sébastien Loghman et David Tomaszewski à partir de leurs expérimentations. Échange modéré par Thomas Coispel.
OplinePrize Générative génération
Un grand remerciement à Louis GODART et Genny HUYNH pour la mise en ligne du site, le montage vidéo des portraits des 18 candidats et toute la communication autour du prix 2026.


Duos commissaires artistes : Sara ANEDDA/, Frédérick DE WILDE, Nils AZIOSMANOFF/ Véronique BELAND, Maurice BENAYOUN/ Primavera DE FILIPPI, Jean-Jacques GAY/ Alizée ARMET, Alexandre GEFEN/ Aurèce VETTIER, Véronique GODE/ Olivier AUBER, Alexia GUGGÉMOS/ Jeanne MOREL et Paul MARLIER, Hafida JEMNI DI FOLCO/ Sébastien LOGHMAN, Yvannoe KRUGER/ Mathilda SOARES-PEREIRA, Eric LEVY/ Mathieu VALADE, Maria-Grazia MATTEI/ Tamiko THIEL, ORLAN/ Marie MAILLARD, Valentina PERI/ Albertine MEUNIER, Julia PETIT/ Margarita WENZEL, Pascale PRONNIER/ Yue CHENG, Dominique ROLAND/ Sarah SILVERBLATT-BUSER, Majid SEDDATI/ Alessandro BAVARI, Gabriel SOUCHEYRES/ Julie Stephen CHENG
Jury Nouveaux Médias : Ada ACKERMAN, Yacine AIT KACI, Véronique BATON, Alexandra BOUCHERIFI – Kornmann, Evelyne DERET, Alex ESTORICK, Géraldine FARAGE, Véronique GRANGE-SPAHIS, Valérie HASSON-BENILLOUCHE, Mihaela ION, Etienne MINEUR, Jeanne MARCHALOT, Alison MOSS, Linda ROLLAND, Janine SARBU, Alain THIBAULT, Yann TOMA, Mathieu VABRE

