Elene Usdin | Les Habitants

« Partant du genre intemporel du portrait, Elene Usdin le bouleverse en peignant à la main - sur la photographie - les émotions cachées derrière le visage calme de ses modèles adolescents. L’artiste révolutionne aussi une certaine idée de la photographie - presque un cliché - qui définit une photo par sa reproductibilité. Déjà avec Femmes d’intérieurs, série exposée à la Galerie Esther Woerdehoff en 2015, elle utilisait la peinture en rehaut pour fabriquer des originaux à partir de tirages photographiques. A nouveau, les photographies des Habitants sont devenues pièces uniques, mais l’écart se fait encore plus grand entre l’instant de la prise de vue et les longues heures qu’Elene Usdin passe ensuite, le pinceau à la main, à orner méticuleusement chaque portrait d’une multitude de figures merveilleuses. (...) Surpris à l’âge fragile de l’adolescence, ce moment si bref mais si dense du passage entre l’enfance et l’âge adulte, filles et garçons extériorisent un chaos intérieur à travers leurs parures peintes. Sur chacune d’elles, la photographe fait référence à une œuvre de la peinture classique ou moderne, scènes sombres de l’histoire ou de la mythologie qu’elle noie dans un bouillonnement de minuscules personnages imaginaires, sorcières et démons, végétations débordantes et plantes carnivores, comme un écho inquiétant et visionnaire aux esprits habités des adolescents. Pourtant issus de la culture savante, celle qui nous modèle et nous éduque, ces œuvres d’art qui les habillent forment une parure sauvage par l’émotion et la violence que les artistes du passé parviennent à évoquer. » Florence Pillet, historienne de l’art. Visuels : Extraits de la série Les Habitants, Elene Usdin.