Pour La 43e édition des Journées européennes du patrimoine les 19 et 20 septembre 2026, le Centre des monuments nationaux qui ouvrait les portes d’une centaine de monuments publics, proposant des visites libres ou commentées, des ateliers d’animations ou autres activités ludo-pédagogiques, se félicite d’une fréquentation de plus de 260 000 visiteurs. Dommage qu’une décision ministérielle, prise en juin 2026 au sujet de la gouvernance du Mont-Saint-Michel mette son équilibre en danger.
A Paris, 16 300 personnes ont franchi les portes de l’Hôtel de Sully, siège du Centre des monuments nationaux, à Paris, pour une visite de ses appartements du XVIIe siècle, et découvrir à l’intérieur du bâtiment, l’exposition « Arcanum Formae » du designer irlandais Joseph Walsh, première en Europe, présentée dans le cadre de la Paris Design Week, qui se prolongera jusqu’au 25 octobre dans le sillon des foires d’art contemporain. L’occasion dans les jardins d’admirer la sculpture monumentale, d’un anneau de bronze et d’or à la forme aussi libre qu’elliptique, symbole s’il en est un, d’une alliance entre l’établissement public, d’une résonance entre art et recherche et les savoir-faire artisanaux qui les soutiennent.

Matrimoines
Au large de Marseille au château d’If, 2 000 visiteurs ont pu découvrir, pour ses derniers jours, l’exposition Mon plus beau plan fixe du cinéaste et plasticien franco-algérien Hassen Ferhani : « Et si mon plus beau plan fixe n’était pas une image que j’ai filmée, mais une invitation à contempler un cadre, une fenêtre, une focale ? », pose-t-il en guise de postulat. Proposée tout l’été dans le cadre de la Saison Méditerranée, son installation au premier étage de la tour Saint-Christophe, offrait à voir une projection de son film 143 rue du désert, sur le relais tenu par une femme, Malika, une « sainte en son mausolée profane », qui pour une cigarette, un café ou quelques œufs, accueille au milieu du désert algérien, routiers, êtres en errance et rêves de passage. Comme si cette mise en abîme, d’un geste d’hospitalité dans un temps suspendu, était une invitation simple à : « Regarder le monde ». Au rez-de-chaussée, les visiteurs étaient invités à écouter la bande sonore du film que l’artiste sollicité par le Centre national des arts plastiques et l’association Lieux Fictifs a réalisé dans une cellule transformée en studio photo au Centre pénitentiaire des Baumettes avec huit détenus ! Autant d’expériences physiques entre l’humain et l’architecture, entre les lieux qui le définissent et scellent son destin.

Au château de Rambouillet, par exemple, 4 200 visiteurs ont découvert le nouveau parcours de visite consacré à cent ans de diplomatie récente révélant les coulisses très confidentielles de décisions internationale prises dans un lieux de prestige !
Le Centre des monuments nationaux, c’est aussi 1 500 agents passionnés et investis qui contribuent à l’accueil de plus de 12 millions de visiteurs chaque année et veillent sur un réseau de 110 sites, comprenant des monuments commémoratifs ou religieux, des fortifications, des hôtels particuliers et près d’une vingtaine de châteaux, mais aussi des parcs et jardins remarquables, ou encore des sites préhistoriques tel que Micoque, son plus ancien – évalué à trois cent mille ans, dans la vallée de la Vézère -, le CMN œuvre à la conservation, à la transmission et au partage du patrimoine public dont nous pouvons nous enorgueillir et qu’il nous faut protéger ! Le public a répondu à l’appel. Notons que l’institution a récemment ouvert la visite de trois villas contemporaines du XXe siècle, La Villa Cavrois à Croix (59), conçue par Robert Mallet Stevens en 1929, La villa E-1027 construite entre 1925 à 1929 par Eileen Gray au Cap Martin (06) pour l’architecte et rédacteur en chef de « L’Architecture vivante », Jean Badovici, en appliquant les cinq points du modernisme défini par Le Corbusier tandis que « le boss » les mettaient lui-même en œuvre dans La Villa Savoye à Poissy (78) construite entre 1928 et 1931.

Néanmoins, le joyau le plus contemporain du catalogue demeure le château d’Oiron, qui bien que construit à la Renaissance abrite depuis 1993 la première collection d’art contemporain (hors les murs) du Cnap (Centre national des arts plastiques) Curios & Mirabilia. Une collection dont la sélection fut confiée au commissaire visionnaire Jean-Hubert Martin, juste après l’exposition Les magiciens de la terre qui fit date dans l’histoire de l’art en 1989 au Centre Pompidou et à La Vilette. A Oiron il convoqua dès les années 1990, des artistes internationaux de différentes cultures, parfois même extra-occidentales, par le prisme du rapport à la nature et l’idée du cabinet de curiosité, entre art et science. Cet ovni issu d’un mariage audacieux et durable entre patrimoine historique, et création contemporaine célébrait en 2023, trente ans d’expérimentations participatives avec les habitants du Poitou, par une installation monumentale, véritable manifeste pour la paix, intitulée Matrimoine, et conçue par l’artiste Laurent-Marie Joubert avec des artistes peintres sud-africain(e)s.

Donations
Or cette année, six nouvelles œuvres ont rejoint le Château d’Oiron : offertes par le collectionneur Antoine de Galbert en 2023, elles ont complété en juin 2026, l’esprit des lieux. Ainsi le public a pu découvrir tout l’été, des nouvelles sculptures de Zilvinas Kempinas (Oasis – 2010), Daniel Firman, (Agglomeration – 2001) et Benoit Huot (Sanglier chasseur et Shaman à tête de cerf – 2011) ou encore, une installation de Nelson Leirner (O grande desfile – 2003) ainsi qu’une irrésistible vanité de Tony Oursler (Hole -1998). Si vous ne connaissez pas encore le château d’Oiron près de Thouars, vous pouvez toujours appréhender son histoire et une partie de la collection Curios & Mirabilia à travers le film Quand l’art abolit les frontières, accessible en VOD ou DVD sur le site de notre partenaire Après production.

Il est bien dommage pourtant, malgré toutes ces réjouissances, que la présidente du Centre des monuments nationaux, Marie-Lavandier ne puisse totalement se satisfaire du succès des journées ouvertes aux publics, tandis qu’une polémique portée par l’intersyndicale au sujet de la gestion du Mont Saint-Michel appelle à pétition : en juin 2026, le Premier ministre Sébastien Lecornu trancha à la hâte un conflit de gouvernance à deux têtes du Mont Saint-Michel : A l’horizon 2027, l’abbaye du Mont-Saint-Michel sera confiée de manière unique à l’EPMSM (Établissement public national du Mont-Saint-Michel) alors que le fleuron du CMN, avec ses 1,6 millions de visiteurs accueillis en 2025, compte parmi les 5 monuments nationaux contributeurs au budget global de l’institution. Une décision unilatérale qui déstabilise un modèle économique ayant fait ses preuves depuis 1914, et fragilise tout l’édifice au risque de devoir céder au privé une partie du patrimoine national… Quelques questions se posent quand sous ce même quinquennat, la Cour des comptes, en novembre dernier, proposait sans préliminaires de supprimer le Centre national des arts plastiques issu en 1791 du désir révolutionnaire de soutenir les artistes vivants et la création contemporaine.
Informations Pratiques > Hôtel de Sully, Arcanum Formæ par Joseph Walsh. 62 rue Saint-Antoine, 75004 Paris. Entrée libre par le jardin ou la cour pavée. Jusqu’au 25 octobre 2026.
Mon plus beau plan fixe Hassen Ferhani, extrait du film « 143 rue du désert » © Hassen Ferhani / CNAP
Château d’Oiron : 10 rue du Château à Oiron Tél : 05 49 96 51 25. Ouvert du Du 1er juin au 30 septembre de 10h30 à 18h30. Du 1er octobre au 31 mai de 10h30 à 17h30. Comptez 1h30 à 2h pour profiter pleinement de votre visite. Dernier accès au monument, une heure avant la fermeture. Les salles sont fermées progressivement 30 mn en amont de la fermeture générale du monument. Fermeture les 1er janvier, 1er mai, 1er et 11 novembre et 25 décembre.
Image d’ouverture> Tony Oursler (Hole -1998) © Photo Éric Sander /Centre des monuments nationaux

