Cécile Bouffard | Pourquoi marcher quand on peut danser

« Pourquoi marcher quand on peut danser. Pourquoi s’en tenir à la seule fonctionnalité des objets et des gestes ? Comment dépasser l’opposition entre l’utile et l’inutile ? L’art peut-il se fondre, se confondre avec la vie ? Le contact avec les œuvres que Cécile Bouffard a réalisées pour le Centre d’art contemporain Les Capucins nous invite à renouer avec un effort d’attention. Il nous faut prendre le temps de les considérer et de percevoir les intentions et les affects qui les traversent. Chaque ligne, chaque volume, est comme une pensée qu’il y aurait à entendre, et à laquelle destiner notre écoute. Face à ces formes, peut-être sommes-nous gagnés par le trouble ou la confusion. Le regard qui dérive, s’attarde sur une courbe suggérant une anse ou une poignée, un potentiel usage ; et puis tel fil raconte la corde d’une guitare, et ce morceau de tissu rembourré nous enveloppe dans l’idée d’un confort élégant et douillet. Mais le bois enduit, poncé et peint semble être froid et dur comme du métal, le vrai dur semble mou, les lambeaux de latex ne savent pas nous dire s’il s’agit là d’une matière plastique ou organique. Les teintes des peintures, textiles et autres matériaux renvoient au fard, au cuir, à la chair, à l’os, un nuancier camé de l’épiderme. Pourtant, tout reste en suspens car les indices que les formes donnent sont sans cesse remis en jeu, déjoués. La métamorphose est permanente, et la forme peut à tout moment basculer de l’autre côté du familier, dans l’étrange et le bizarre, la gêne ou l’inconfort. En se maintenant à la lisière entre différents états, ces sculptures se tiennent là comme le champ des possibles. Cette indécision est vitale : c’est le signe d’une entrée en résistance, d’un refus de se laisser définir, enfermer dans une case. » Karin Schlageter, directrice par intérim du centre d’art contem­po­rain Les Capucins. Visuel : © Cécile Bouffard.