Bernard Quesniaux | Nollendorf Platz

Les gens qui apparaissent et disparaissent, émergeant dans la foule trop fugacement pour qu’on les distingue ou assez longtemps pour qu’on les voit parler, s’endormir ou consulter leurs téléphones, offrent des bribes de leurs vies, de leurs habitudes, de leurs passions et de leurs idées, donnent l’opportunité de les trouver intriguants, passionnants ou terrifiants sans les rencontrer vraiment. C’est l’expérience que Bernard Quesniaux a fait à Berlin, où il s’est installé pendant plusieurs années. Ne connaissant ni ce pays, ni ses codes, ni sa langue et n’ayant pas d’atelier dans lequel travailler, il déambule dans la rue et dans le métro, partant de et revenant à Nollendorfplatz. Nœud fait du croisement entre deux artères principales, cette place est coiffée d’une station aérienne de métro desservie par 4 lignes. S’y déverse un flot de personnes en déplacement sous les yeux de Bernard Quesniaux qui se met à les dessiner dans des carnets et à la photographier. Ce matériau et les souvenirs qui s’y rattachent sont la base de ses peintures récentes, réalisées dès qu’il a retrouvé un lieu pour travailler. Sur certaines, des taches de couleurs posées rapidement sur deux toiles côte à côte sont rehaussées de têtes. Ce sont des visages peints avec la précision d’un artiste qui affirme : « à la base je suis dessinateur, mais je me consacre à la peinture. » Accompagnant ces têtes réalistes, le magma de couleur sur lequel elles reposent se précise par endroit. Ici, plusieurs points figurent les boutons d’une chemise, là on devine des chaussures mais ces traces ne sont pas pour autant des corps. Ces êtres mêlant réalisme et protubérances exagérées sont aussi partiels que les Mensonges et leurs titres.