Emmanuel Rivière | Le bruit des nuages

« Avec Le Bruit des nuages, Emmanuel Rivière capture l’une des formes les plus extraordinaires de la déflagration du “Baker test” du 25 juillet 1946. Bruce Conner s’en était saisi en 1976 et son film intitulé Croassroad reprenait une partie des enregistrements réalisés lors des tests sous-marins de bombes nucléaires réalisés dans l’atoll de Bikini, quelques mois après l’explosion des bombes à Hiroshima et Nagasaki. Ces images et l’événement ont été retransmis dans les médias et à la radio, constituant autant d’images destinées à montrer la force de frappe américaine à l’entrée de la Guerre Froide (...). Des moyens extraordinaires ont été déployés pour réaliser à l’aide de plus de 700 caméras un maximum de photographies et d’enregistrements, d’angles, de prises de vues, faisant de ces explosions l’un des événements les plus photographiés de l’histoire. Du champignon atomique surgissent des couronnes d’épines et ces cercles effroyables et quasi-christiques qui menacent de leurs pointes autant qu’ils fascinent. Emmanuel Rivière, en ayant recours à la forme de l’empreinte (...), matérialise cette sculpture éphémère qui n’a existé que l’espace de quelques secondes. C’est précisément ce rapport du fragment temporel et de la violence inouïe qui interpelle le plus : la destruction de toute vie en une fraction de seconde par l’arme atomique impose au spectateur une fascination morbide et hypnotique que la photographie puis la sculpture viennent prolonger. (...) Les sculptures d’Emmanuel Rivière ne sont pas nécessairement une plaidoirie contre l’armement ou une condamnation de la destruction systématique de l’environnement mis au supplice par la technologie humaine. La confrontation avec les images de Bruce Conner, qui a milité pour faire déclassifir et diffuser ces images, invite à cette interprétation mais semble au-delà, vouloir tester l’impact des formes de représentation sur la capacité de l’esprit à penser la démesure. » Matthieu Lelièvre, historien de l’art. Baker, Emmanuel Rivière, 2010.