Du 27 au 30 mars 2025, Bordeaux a vibré au rythme de VIV’Océan, un événement art&science inédit et tentaculaire, déployé dans pas moins de cinq lieux autour de trois axes fondateurs. Tout d’abord, VIV’Océan Forum, un forum participatif sur deux jours, le 27 mars au Plateau TV IUT et le lendemain dans l’amphithéâtre Badinter de l’Immeuble Gironde du Département de la Gironde. Puis, VIV’Océan Exposition, un accrochage collectif visible durant quatre jours au Centre Culturel François Mauriac, à Bouliac (lire notre article). Et enfin, VIV’OMédia, un dispositif de médiation culturelle installé le 29 mars au Marché des Douves, à Bordeaux. Cette dense programmation était ouverte gratuitement à tous les publics.
Projet inédit né de la collaboration entre l’axe de recherche universitaire ADS-ATIIA du MICA – Université Bordeaux Montaigne sous la direction de Cécile Croce et l’association ADE Méditerranée sous la présidence de Bernard Peyrano, engagée dans la sensibilisation à la biodiversité marine, VIV’Océan a réuni de manière exceptionnelle artistes, enseignants-chercheurs, professionnels de l’éducation, médias et acteurs de la culture scientifique. Tous partagent la conviction que l’art joue un rôle essentiel dans notre compréhension du monde et des enjeux environnementaux. Pour souligner l’importance de cet événement soucieux d’envisager des solutions pour la protection de la biodiversité marine, ArtsHebdoMédias vous propose de prendre connaissance des sujets de quelques-uns des intervenants. Le projet Arts & Sciences mise sur les savoirs et les sensibilités pour défendre la vie des océans.
Cécile Croce* : faire dialoguer des scientifiques, des artistes et des partenaires institutionnels avec le public
VIV’Océan est un événement Arts & Sciences sur la préservation de la biodiversité marine qui vise à faire dialoguer des scientifiques, des artistes et des partenaires institutionnels avec le public. Il s’inscrit dans un projet de recherche Arts et PréserVatIon de la Vie des Océans (VIV’O), porté par Cécile Croce (laboratoire MICA et Université Bordeaux Montaigne) et une équipe de chercheures et chercheurs, en partenariat avec ADE Méditerranée et de nombreux partenaires, dont l’Université de Bordeaux, le laboratoire EPOC, le Réseau de Recherche sur l’Innovation, le Département de la Gironde, la Fondation Alexandr Savchuk.
Evénement labellisé Sciences Avec et Pour la Société (SAPS), VIV’Océan a en particulier tissé un partenariat avec des associations. Il a ainsi invité leurs publics à partager l’exploration de sa thématique par des médiations proposées sur trois terrains : celui des discussions scientifiques lors du Forum, celui des ateliers auprès de classes scolaires au cœur de l’exposition collective au Centre Culturel François Mauriac de Bouliac (associations EPLT, avec Cathy Lajus, et le SCRIME), celui des 6 stands de présentations invitant différents publics au marché des Douves (associations JACM et la Halle des Douves), parmi lesquelles on compte celle du jeu vidéo SaveSimulator (étudiants en MMI avec Thomas Brunel) et l’exposition en hommage à Monique Labracherie, paléo-océanographe, par Marine Crubilé.
4 jours d’exposition, 2 jours de Forum et 1 jour de présentations pendant lesquels ont échangé des scientifiques, des animateurs et animatrices socio-culturels, des artistes, des étudiants de différentes formations, de jeunes enfants, des élus, des membres engagés dans des associations ou tout visiteur curieux. Et si les biologistes, géologues, paléontologues, mais aussi philosophes ou juristes ont pu alerter sur l’état de la vie des océans, tandis que les artistes offraient leurs versions sensibles de l’écho que ce sujet a en leur création, le processus de dialogue entre les uns et les autres reste à penser. L’art n’est pas la seule transmission d’une information, pas plus que sa transformation onirique ou son évocation métaphorique. L’art est un moyen de toucher profondément celle ou celui qui le reçoit – mieux : le public qui y fera, peut-être, le lit d’une culture naissante avec l’œuvre. Aussi, du côté des sciences de l’art, la mission de recherche est fléchée.
Des remerciements chaleureux doivent être adressés à notre responsable partenariats, Cathy Lajus, et à notre webmestre, Thomas Brunel.
*Cécile Croce est Professeure des universités en Esthétique et Sciences de l’art à l’Université Bordeaux Montaigne, codirectrice du MICA UR 4426 et coresponsable de l’axe ADS/ATIIA du MICA. Avec une équipe de collègues, elle poursuit depuis l’été 2023 deux projets de recherche au croisement des arts, des sciences et de la société sur la biodiversité sous-marine.
Denis Allemand* : les grands enjeux des mers et océans
Les océans représentent environ 71 % de la surface de notre planète, mais ils représentent surtout 98 % de son volume habitable. Si les géographes distinguent 5 océans, l’Océan est en fait unique et toutes ses eaux sont interconnectées. L’océan nous rend des services inestimables : il produit 50% de l’oxygène terrestre, il absorbe la chaleur en excès (93%) et le gaz carbonique issu des activités anthropiques (30% depuis le début de l’ère industrielle) : sans lui l’effet de serre serait beaucoup plus important et notre planète souffrirait de quelques degrés supplémentaires.
Curieusement, l’Océan n’héberge que 13% des espèces connues à ce jour, mais ces espèces sont beaucoup plus diversifiées qu’en milieu terrestre. De plus, nous ne connaissons avec précision que moins de 24 % des fonds marins et sûrement une partie infirme des organismes unicellulaires (Protistes, bactéries) qui la peuplent. Cette biodiversité fournit de nombreux services à l’humanité : nourriture, médicaments… Si l’Océan était un pays, son PIB serait au 7e rang mondial, entre la Grande-Bretagne et le Brésil. Protéger ses écosystèmes, c’est aider non seulement à lutter contre l’érosion de la biodiversité, mais c’est aussi contribuer à diminuer de façon durable le gaz carbonique en excès en le stockant sur de très longues périodes dans les écosystèmes à carbone bleu.
Pour illustrer ma conférence et l’unité de l’océan, j’ai présenté une série de cartes avec leur origine (in 1942, the South African-born oceanographer and geophysicist Athelstan Frederick Spilhaus produced a fascinating map from thecartographe.net)

*Professeur des Universités, ancien directeur scientifique du Centre Scientifique de Monaco. Spécialiste en biologie marine. Président de l’Institut de Paléontologie Humaine, Fondation Prince Albert Ier
Amaëlle Broussard* : entendre le chaos sonore nécessaire à la vivacité créatrice
L’écho du silence est une pièce acousmatique créée pour VIV’Océan. En expérimentant collectivement le sonore, en vivant l’écoute, en imaginant la complémentarité des sons, l’humain rentre en résonance avec son environnement… eau, voix, souffles, sifflements, pas, bruits d’animaux, instruments, pierres, feuilles, ciseaux… autant de sons ouvrant l’imaginaire vers le sensible, vers les possibles. Vers une autre relation à être. De l’organisation des multiples sources sonores enregistrées lors d’ateliers pédagogiques va naître une forme organique, évoquant le mouvement cyclique du vivant, dans laquelle chaque source acoustique vivra par sa robustesse et son impermanence. Biodiversité marine ? J’entends le chaos sonore nécessaire à la vivacité créatrice. La complémentarité des sons qui permet l’émergence de la musique.
* Amaëlle Broussard est compositrice
Philippe Guillem : composer et créer de courtes pièces musicales avec des élèves
Arts-Science et Musique Numérique : Amaëlle Broussard (compositrice) et Philippe Guillem (médiateur) ont conduit durant l’année des ateliers de recherches et découvertes sonores dans 4 classes girondines. A partir de l’écoute des sons enregistrés dans le lagon de la Réunion par leur partenaire « ReeF Pulse » et en poursuivant le travail lors d’ateliers de création sonore, acoustique et numériques grâce à la « Mallette SCRIME* », et à partir d’album de jeunesse, de travaux d’écriture et en arts visuels… chaque classe a développé son projet particulier de sensibilisation à la préservation de la biodiversité marine. Les élèves ont composé et créé de courtes pièces musicales en lien avec les projets des classes et faisant référence aux sons de l’eau, de la mer et des animaux marins. Les classes ont pu présenter leurs réalisations en Arts Sonores et Visuels lors des expositions au Centre Culturel de Bouliac et aux Halles des Douves à Bordeaux.
* SCRIME (Studio de Création et de Recherche en Informatique et Musique Expérimentale)

Tatiana Drozd* : une mémoire organique et évolutive
Dans ce projet, je m’interroge sur l’acidification de l’océan et le réchauffement climatique. Matière constante est une série de sculptures inspirées des squelettes de radiolaires, micro-organismes marins du zoo plancton. Ces sculptures sont successivement immergées dans trois types de bains : une eau à la température moyenne de la Méditerranée, une eau réchauffée selon les projections du GIEC, une eau enrichie en acide carbonique. Cette expérience sensorielle est enrichie par une bande sonore immersive qui plonge le spectateur dans les profondeurs marines. Au fil de ces immersions, le matériau se dissout progressivement, se transformant en un nuage de fossiles et de sédiments. L’œuvre se situe à la croisée de l’écologie et de l’archéologie, interrogeant la mémoire de notre planète face aux bouleversements climatiques.
Remerciements à Laurent Londeix (UMR CNRS 5805 EPOC – OASU, Université de Bordeaux) et Almudena Arellano (Musée de Préhistoire de Menton) pour leur expertise scientifique.
Audiovisuelle : Catherine Filliol.
*Tatiana Drozd est artiste designer. Elle a présenté Matière constante (dans le projet Milky Way, avec Olga Kisseleva etTaisiya Polischuk). Création 2025 – Filament PVA, stylo 3D, vidéo.
Laurent Charles* : interférences
La nature attire par sa beauté, sa curiosité ou son étrangeté. L’éducation à la nature et à la préservation de la biodiversité débute souvent par une approche esthétique. Au cours des missions d’inventaire de la biodiversité de la Planète revisité, la photographie des micro-mollusques combine un objectif premier de documentation scientifique avec une volonté de cliché esthétique, attractif et potentiellement médiatique. Sciences et arts sont régulièrement associés au Muséum de Bordeaux. L’illustration naturaliste a fait l’objet d’une exposition et, pour chaque exposition temporaire, un artiste et son regard sur la thématique développée est présenté.
Micro-mollusques du lagon de Madang, Papouasie-Nouvelle-Guinée. © MNHN/PNI/IRD – Laurent Charles.

* Chargé de collections, Muséum de Bordeaux sciences et nature
Francesca Caruana* : établir un répertoire de références précieuses
Les éléments de recherche que m’apporte la paléontologie sous-marine, contribuent dans mon travail artistique à l’élaboration d’un parcours de formes, allant de l’invisible (en particulier les formes de radiolaires), au plus visible comme le cachalot. Le projet est d’établir ainsi un répertoire de références précieuses (structures, appendices, organes…) propres à sensibiliser à la protection des océans, en y opposant provisoirement le défi d’un support plastique. Le projet cherche son application dans la réalisation d’une signalétique artistique sur l’estran mais reste ouvert à d’autres versions.
*Francesca Caruana est artiste-plasticienne, MCF en sémiotique de l’art.
Susana Fernandez* : développer des matériaux durables et multifonctionnels
Table ronde sur l’Innovation. La biodiversité marine est comme une bibliothèque en libre accès pour comprendre et s’inspirer de la manière dont les organismes marins font face aux défis auxquels ils sont confrontés dans leurs écosystèmes. Pour mes recherches, j’observe la biodiversité marine, je m’inspire de la diversité de leur structures et composition pour développer des matériaux durables et multifonctionnels. Les organismes marins biosynthétisent des matériaux multifonctionnels complexes à partir d’éléments de base, tels que les sucres, les protéines et les minéraux.

* Université de Pau et des Pays de l’Adour. Director of Studies 3rd year B.Sc. Physics & Chemistry Degree Chair in Marine Bioinspired Materials – E2S UPPA.
Elodie Laisne* : un serious game conçu pour les collégiens
Save Seamulator, un serious game sur la biodiversité marine. Il s’agit d’un jeu conçu pour les collégiens, abordant les enjeux écologiques liés à la pollution et à la biodiversité marine. Le jeu se déploie en deux volets complémentaires : une phase de gestion où le joueur administre une ville et observe les répercussions de ses décisions, ainsi qu’une phase d’exploration sous-marine où le joueur part à la rencontre de la faune et flore marine tout en collectant des ressources utiles au développement de la ville. Ce projet allie ludisme et pédagogie en proposant une expérience immersive, sensibilisant aux interactions entre les activités humaines et l’environnement. Au-delà de son rôle pédagogique, Save Seamulator valorise le patrimoine local en mettant en avant la ville de Menton dans ses décors et la richesse des espèces locales. Pour découvrir cet écosystème et comprendre les défis qui l’entourent, il suffit de plonger plus en profondeur… Une découverte qui commence dès maintenant sur le site. Cliquez !

* Elodie Laisne est intervenue pour les étudiants de 3e année du BUT MMI, Métiers du Multimédia et de l’Internet, IUT Bordeaux Montaigne.
Image d’ouverture> Table ronde – Interférences avec Tatiana Drozd (artiste exposant à VIV’Océan), Denis Allemand (président de l’Institut de Paléontologie Humaine, Fondation Prince Albert Ier), Sylvain Roche (Économiste, Science Po Bordeaux, RRI), Laurent Charles (Museum de Bordeaux). Médiatrice : Cécile Croce (codirectrice du MICA, coordinatrice de VIV’Océan). ©Photo Bernard Peyrano

