Scopitone à Nantes : « l’Hyper nature » au tempo de l’électro

Comment l’art vient-il questionner notre rapport à la nature, quand elle se voit fantasmée, transcendée ou simulée par les nouvelles technologies ? La question est au cœur des préoccupations de l’association nantaise Songo, cheffe d’orchestre de Scopitone, rendez-vous historique des cultures électroniques, dont la programmation – du 8 au 19 septembre prochain – s’annonce ambitieuse, à la fois expérimentale et tendance, dans une relation art-science affirmée. Ainsi l’exposition Hyper nature du festival de Nantes résonnera au cours de deux longs week-ends au son d’une douzaine de performances A/V et d’un spectacle à 360 degrés dans une célébration des corps et des énergies collectives retrouvées.

Une installation de l’artiste anglaise Anna Ridler, dont la forme reste à découvrir interroge cette science molle à laquelle on croit dur, et que l’on nomme économie : l’artiste qui se sert de l’IA dans son projet pour mettre en lien les fluctuations du bitcoin avec les datas de plus de 10 000 tulipes nous rappelle par un effet de translation, combien le moteur enrayé de nos sociétés consommatrices s’était emballé en Europe dès le 17e siècle pour un bulbe de tulipe.

Captation de Xpujil, live immersif conçu par Caroline Chaspoul et Eduardo Enriquez avec Nova Materia. ©DR

Parfois aussi quand les artistes s’en saisissent, les technologies nous (ré)apprennent à percevoir les forces invisibles que la nature exerce sur nos vies : Zoryas, l’intrigant dispositif de la plasticienne belge Claire Williams, nous fait ainsi percevoir par les coudes, le son des mouvements électromagnétiques du soleil révélés par les variations lumineuses de gaz rares sur le plasma dont est constitué l’essentiel de la matière qui nous entoure. Tandis que l’expérience esthétique ici proposée nous place en interaction directe avec le cosmos, la française Elise Morin, épaulée par les biologistes de la Nasa, observe, à l’occasion d’un voyage spatial, la résilience d’une plante irradiée à Tchernobyl, dans un projet transdisciplinaire.

Claire Williams, Zoryas, 2019, sculpture verre soufflé, gaz rares, électricité, son. Production Le Fresnoy – Studio national des arts contemporains. ©Claire Williams

Au programme également, le duo franco-germano-britannique Hehe, décide – plus radical -, de plonger un globe terrestre en mouvement dans un aquarium irradié ! L’œuvre qui émane de cette idée épouvantable qu’aucun cerveau humain sain n’eut pu concevoir (sic) est à découvrir ! L’expérience métaphorique à vivre …

Justine Emard, Supraorganism, 2020, sculptures verre soufflé, LEDs, tiges métalliques sur moteurs, machine learning. ©Justine Emard, ADAGP Paris 2021

Dix-sept propositions d’artistes plasticiens et chercheurs ancrés dans les cultures numériques seront donc présentées cette année sur les deux étages du Stéréolux de Nantes, vaisseau amiral de la manifestation, en outre, une capsule spatio-temporelle immersive çonçue par l’artiste Guillaume Marmin nous sera proposée au Jardin des plantes.

Cécile Beau, Soleil vert, 2020, aquarium, minéraux, eau, algues, crevettes, néon, 30 x 40 x 40 cm ©Cécile Beau, ADAGP Paris 2021

Ainsi Scopitone, pour sa 19e édition, investit de nouveaux espaces, et renforce son ADN formel par quatre soirées de lives audiovisuels et de performances qui se tiendront dans deux nouveaux lieux partenaires : au Warehouse, le club électro nantais vendredis et samedis 10, 11, 17 et 18 septembre et au Planétarium, pour une production franco-canadienne, spécialement conçue pour une architecture en forme de dôme, d’High Tone, pionnier du mouvement Dub et du collectif AV Exciters à l’esthétique futuriste et stellaire. Les jeudi 9 et vendredi 17 septembre, leur création, Out of your mind­­­, a pour ambition de confronter le progrès aux perspectives qu’il pourrait ouvrir ! Un défi certes qui mérite bien une projection à 360° !

Sabrina Ratté, Floralia, 2021, animations 3D, photogrammétrie, images de synthèse, papier peint. Durée 4’00’’. Trame sonore d’Andrea-Jane Cornell ©Sabrina Ratté – Courtesy Galerie Charlot.

Cette année encore, l’Université sera de la partie pour une soirée de concerts au Pôle Étudiant, une nouvelle de bon augure à l’heure où les scènes de musiques électroniques patentées furent sévèrement grippées et les occasions pour les jeunes de faire la fête déboutées. Il est donc conseillé de télécharger ici le programme des lines-up et des festivités afin de mieux préparer ses soirées, car les jauges restent limitées ! Ainsi, le festival, qui porte le nom des premiers vidéo-clips yéyé réalisés pour les juke-box des années 60, ne se contentera pas de nous distraire par des installations d’art visuel contemporaines phototropiques, disruptives ou dystopiques, mais il nous fera aussi danser sur de nouvelles pistes.

Amparo-Battaglia, DJ et productrice argentine qui vient de signer sur premier album Break chez Monkey town Records. ©DR

Debout ou assis, le public qui vient généralement de tout l’Hexagone et au-delà de ses frontières pourra également –  à l’heure où toute tangente à la pensée dominante vous fait apparaître comme suppôt du complot –  y aiguiser en toute liberté ses savoirs et son sens critique en participant activement aux Rendez-vous du Labo, ou bien lors de conférences sur  l’« hyper thématique ». Des spectacles et activités à partager en famille sont cette année encore à l’ordre du jour pour solliciter la génération Alpha, qui dès aujourd’hui doit veiller activement aux interactions entre technologies et environnement pour que perdurent la nature et la vie après Gen Z.

Contact

Scopitone, « Hyper-nature » du 8 au 19 septembre 2021 Stereolux, 4 bd Léon-Bureau, 44200 Nantes. stereolux.org

Concerts et live A/V au Warehouse, 
21 quai des Antilles 44200 Nantes. warehouse-nantes.fr

Crédits photos

Image d’ouverture : Laura Colmenares Guerra, Lagunas, 2017, triptyque vidéo interactif © Laura Guerra. Captation de Xpujil, par Caroline Chaspoul et Eduardo Enriquez avec Nova Materia ©DR. Claire Willimas, Zoryas, 2019 © Claire Williams. Cécile Beau, Soleil vert, 2020 © Cécile Beau, ADAGP Paris 2021 Justine Emard, Supraorganism, 2020 © Justine Emard, ADAGP Paris 2021 Sabrina Ratté, Floralia, 2021 © Sabrina Ratté – Courtesy Galerie Charlot, Paris Amparo-Battaglia, Break chez Monkey town Records ©DR