Formes et volumes épurés, mythologies oubliées, Djoti aime à renouer avec des civilisations effacées pour créer une œuvre intemporelle. Le sculpteur géorgien est l'invité, tout au long de l'été, du château d'Aubenas, en Ardèche. Quelque 60 sculptures et une quinzaine de dessins y sont présentés auprès du travail photographique d'Hervé Desvaux, qui a accompagné l'artiste lors d'un séjour en Géorgie en octobre 2010. A l'occasion de l'ouverture de cette exposition d'envergure, nous mettons en ligne le portrait écrit pour Cimaise (286).

Djoti à Ghélati sur le tombeau@du roi David, bâtisseur de la Géorgie au XIe siècle Djoti web_djoti_bjalava_sur_le_tombeau_du_roi_david.jpg Expositions Portraits Sculpture Château d'Aubenas
De doux sourires ponctuent ses phrases, brefs éclats qui illuminent un visage buriné aux yeux gris-bleu. Instant suspendu dans un discours-fleuve. De sa voix à l'accent rocailleux, Djoti poursuit le fil de sa pensée, laissant à peine le temps à la traductrice de la retranscrire. Installé dans l'Aude depuis une vingtaine d'années, le sculpteur géorgien n'a jamais voulu apprendre notre langue. « J'ai eu un coup de cœur pour ce pays parce qu'il a de profondes racines, une histoire très riche. Mais je n'ai jamais cherché à maîtriser le français. » 

Né en 1944 dans l'ancienne Colchide, entre la mer Noire et le Caucase, contrée qui vit les Argonautes ravir la Toison d'or et Zeus enchaîner Prométhée, Djoti a été bercé dans son enfance par les récits mythologiques. Il n'a pas connu son père, disparu sur le front russe. Sa mère, d'origine crétoise, travaillait dans les fermes et dans les plantations de thé. Dès l'âge de six ans, pour tuer le temps en gardant les troupeaux, il sculpte avec la petite hachette qu'il porte à la ceinture. Une vocation est née. Repéré par le directeur du musée de son village, il est appelé à Moscou : le régime y transforme les artistes en herbe en agents de la propagande du Parti. Mais Djoti ne parle pas le russe et l'expérience tourne court. Retour en Géorgie. Il choisit d'étudier à l'Ecole des beaux-arts de Tbilissi. A la fin de son cursus, il part pour Kazbegi, région montagneuse et sauvage, où son imagination va s'exprimer à même la roche. Vivant en ermite, « avec pour seule compagnie le ballet des aigles », il sculpte des figures monumentales dans les parois de granit du Caucase.

Djoti aime aujourd'hui retrouver cette confrontation avec la matière brute dans la carrière de marbre incarnat de Caunes-Minervois, près de son domicile. Le sculpteur y travaille « les gros cailloux dérobés aux torrents », le marbre, le granit, l'ardoise. « J'aime la taille directe. L'erreur est fatale, on n'a pas le droit de se tromper. » Pour lui, chaque pierre possède une âme qu'il faut s'attacher à révéler en la caressant. « Cette énergie secrète, connue des Egyptiens et comprise par Michel-Ange, fait l'effet d'une bombe quand on la taille. C'est elle qui vous guide. Parfois, le résultat se révèle différent du schéma que j'avais en tête parce que la musique intérieure de la pierre a nourri l'œuvre. »

Crédits photos : Mouton en marbre de Caunes-Minervois patiné © Djoti - Djoti à Ghélati sur le tombeau du roi David, bâtisseur de la Géorgie au XIe siècle © Djoti, photo Hervé Desvaux 2010