« Franta fut cruellement séparé de son pays et des siens pendant dix-sept ans. Et même si les attentes ne correspondaient pas toujours aux réalités françaises, du moins la liberté était-elle là. Ainsi Franta est-il relié à cette cohorte de prédécesseurs et de successeurs, dans un continuum de l’exil ou du séjour en France, qui commence au XIXe siècle et se poursuit jusqu’à nos jours dans une Europe désormais ouverte. Mais il représente une voix tout-à-fait singulière en raison d’héritages artistiques qui, précisément, ne sont pas forcément français, même siGeorges Rouault ne lui est pas étranger. La force expressionniste de son œuvre qui rappelle entre autres Soutine et Bacon, l’omniprésence de la chair humaine, torturée, informe, enfermée, mais aussi libérée dans sa dimension africaine, ce bouleversement des chairs anonymes synonymes de malheur du monde et de mort, et cette rédemption des corps à nouveau individualisés et aimants, tout cela transcende les frontièresEn chassant l’indifférence du spectateur et en le convoquant à regarder en face la conditionhumaine, Franta nous prend aux tripes. Il est plus proche de Rodin que de Falguière. Et au-delà d’une spécificité irréductible, s’il fallait lui trouver une filiation tchèque, c’est peut-être du côté de Jan Bauch qu’il faudrait chercher, lui aussi peintre-sculpteur qui ne concédait rien à la facilité et fut fasciné par l’œuvre et la sombre figure du poète Villon. » Antoine Marès, historien et professeur à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (extrait du catalogue de l’exposition). Visuel : Barricades, Franta. Photo Denis Durand courtesy Galerie Capazza.
Franta | D’homme à hommes

