« L’herbe pousse-t-elle sur cette histoire ? » s’interrogeait Lutz Rathenow en 1987 dans son livre sur Berlin-Est. Vingt ans après la chute du mur, le musée d’Histoire contemporaine des Invalides à Paris réamorce la question « Que reste-il de Berlin-Est ? » avec L’effacement des traces, 1989-2009. Volontairement émancipée des préoccupations didactiques, l’exposition traite l’histoire par l’art. « J’aime les hasards » confie Jean-Claude Mouton dont un mur de clichés 6 x 6 illustre deux décennies de pérégrinations à l’Est. L’auteur du Baiser de la Porte de Brandebourg, dont le Pentacon Six TL trône dans le cabinet de curiosité, n’a eu de cesse de revenir sur ses anciennes scènes. Il a photographié les recoins de la défunte frontière entre le sens interdit qui marque l’ancien bunker invisible d’Hitler et une façade « I stamp your passport », pour les touristes curieux du passage de la ligne de démarcation. Les traces de la RDA d’hier disparaissent peu à peu depuis 1989. Puisque les Allemands de l’Est ont dû par deux fois abjurer – nazisme et marxisme –, l’artiste suédois Jan Svenungsson, qui vit à Berlin, a appliqué sa technique du psycho-mapping sur le plan de la capitale réunifiée. La première copie fidèle à la carte d’origine devient l’original des exemplaires suivants. Et, ainsi de suite : chaque copie de copie devient une métaphore des métamorphoses de Berlin depuis la réunification. La ville absout l’oubli. La Neue Wache (La Nouvelle Garde), monument en RDA dédié aux victimes du fascisme et du militarisme, rend désormais hommage « aux victimes de la guerre et de la tyrannie » toutes confondues… Autre exemple : par des jeux de lumière, les plaques de rues actuelles se trouvent superposées aux anciennes. Ainsi, la rue, premier espace de liberté, est aussi la première à s’harmoniser. Gérard Zlotykamien l’avait bien compris en peignant à la bombe ses « écritures de liberté » sur les murs tristes de Leipzig. Au mur de Zloty, précurseur de l’art éphémère en France, au centre de l’exposition, Jean Faucheur a ajouté des visages fantomatiques. Imperceptibles sans prendre du recul, ce sont ceux de la honte, de la mort. Mais les Allemands de l’Est n’ont pas pour autant cédé à toutes les tentatives d’effacements. La résistance s’est cristallisée sur l’Ampelmann, chouchou des rues de Berlin-Est, véritable symbole de la fameuse Ostalgie, cette nostalgie propre aux jeunes Allemands de l’Est. Le bonhomme de la signalisation de l’ex-RDA est devenu un emblème kitsch, vert ou rouge, aujourd’hui décliné aux couleurs de l’arc-en-ciel, il est un des rares symboles qui, sans avoir traversé la frontière, a tenu la distance.

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Contact> Jusqu’au 31 décembre Musée d’Histoire Contemporaine – BDIC, Hôtel National des Invalides, Cour d’honneur, Corridor Valenciennes, 129, rue de Grenelle, 75007 Paris, France. Du mardi au dimanche, de 12h30 à 17h30. Tél. : 01 44 42 38 39 et 01 44 42 54 91. www.bdic.fr.


Crédits photos : © Photographie Jean-Claude Mouton - © coll. BDIC - © Photographie, courtesy Bernard Plossu