Ketna Patel travaille inlassablement autour de l’identité, thème d’une vie et d’une œuvre riches en rencontres et questionnements. Née en Ouganda, aujourd’hui installée à Singapour, l'artiste britannique observe le monde et le traduit en des créations hautes en couleur. Elle participe actuellement à une manifestation collective intitulée PantoneMyArt et proposée par la galerie The Connoisseur Concerto à Singapour. A la rentrée, la galerie Yavuz Fine Art – également singapourienne – lui consacrera une exposition personnelle. A cette double occasion, nous mettons en ligne le portrait écrit pour Cimaise (293).

 Ketna Patel Ketna Patel1.jpg Expositions Portraits Design Gravure Sculpture Ketna Patel à Singapour
« La question identitaire, c’est toute ma vie. » Tout est dit. Enfin, presque, tant il serait dommage de ne pas approfondir avec Ketna Patel cette réflexion qui résume à la fois son parcours de femme et d’artiste. Ketna est née en Ouganda, a grandi au Kenya, étudié en Angleterre, vit à Singapour, mais se sent avant tout Indienne ! Car son histoire prend source au début du siècle dernier, lorsque son grand-père, paysan du Gujarat, décide de quitter son Inde natale pour aller tenter sa chance en Ouganda, autre colonie britannique. La famille y passe quelques paisibles décennies avant d’être expulsée en 1972, au même titre que l’ensemble de la communauté indienne ougandaise, par le dictateur Amin Dada. Ketna a quatre ans, elle part vivre avec ses parents au Kenya. De son enfance africaine, elle conserve un souvenir heureux, mais semé d’interrogations. « Je vivais en Afrique, mais mon entourage était indien et tout mélange avec les Africains ou les Anglais était tout simplement impensable. »

En 1982, une tentative de coup d’Etat ouvre au Kenya une période de violences et d’instabilité. Ketna est envoyée en Angleterre rejoindre ses grands-parents. « J’avais 14 ans et j’étais avide de nouveauté mais ce fut difficile au début, car je ne parlais pas anglais et n’avais jamais vécu au milieu d’Occidentaux. » La jeune fille continue de grandir à la croisée de différentes cultures : « J’allais dans une école anglaise mais rentrais tous les soirs dans une famille traditionnelle indienne. » Après le lycée, elle étudie l’architecture. Une fois son diplôme en poche, elle n’a qu’une idée en tête : « Partir à la découverte du monde » et fuir les pressions familiales liées à son statut de jeune fille « à marier ».

Elle s'établit à Singapour en 1993 pour participer à la conception d’un vaste complexe culturel. « C’était un endroit idéal pour moi : il n’y a pas de véritable identité ici, ça donne une certaine liberté pour définir la sienne. » Et puis, elle se sent en sécurité « ce qui n’était jamais vraiment arrivé auparavant ». La jeune femme s’installe dans un quartier tranquille, aux rues bordées de petites maisons blanches. La sienne est repérable à la haute ombrelle chinoise rouge qui se dresse fièrement à l’entrée de la cour, comme en préambule à l’explosion de couleurs qui attend le visiteur un peu plus loin.

 

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Quelques dates

Juin 1968 : Naissance en Ouganda.

Août 1972 : « Amin expulse les Indiens installés en Ouganda. Nous partons pour le Kenya. »

Août 1982 : « Un coup d’Etat manqué déclenche des troubles au Kenya. C’est un tournant dans ma vie, car il provoque mon départ pour l’Angleterre. »

Décembre 1982 : « J’arrive chez mes grands-parents à Londres. »

Mars 1993 : « Je m’installe à Singapour, séduite par l’anonymat que m’offre le lieu. »

2003-2004 : « Je pars en voyage pendant deux ans avec Jonathan que j’épouse le 19 juillet 2003. »

Crédits photos : I am a Goddess, estampe - Fauteuil - Tata Nano Stop Asians Ahead © Ketna Patel